2020
24 july - 16 august

The reception of artists

Arms wide open

« On ». Pronom pas si indéfini que ça. « On », dans la bouche de Dominique Dumont, c’est toute l’équipe qui se démène chaque année pour offrir aux musiciens du festival un accueil aux petits oignons. 

« On est tous ensemble à Jazz in Marciac ! » souligne l’ancienne infirmière et première adjointe municipale qui œuvre avec un stagiaire à partir du mois d’avril, puis avec deux bénévoles supplémentaires quand la grande fête va commencer. L’union fait la force, et il en faut sacrément pour relever le défi : se charger des déplacements, de l’hébergement et des séjours de 800 à 1 100 personnes parmi lesquelles on compte, outre les artistes, des techniciens et des journalistes. Près de 4 000 nuits d’hôtel, plus de 1 000 déplacements accomplis par une cinquantaine de chauffeurs disposant de 20 à 25 véhicules et parcourant environ 90 000 kilomètres, le tout concentré sur une vingtaine de jours… Impossible de penser à quoi que ce soit d’autre. 

La radio et la télévision restent éteintes, les journaux fermés. Les Martiens peuvent bien envahir notre planète : l’équipe d’accueil n’en saura rien. Derrière le chapiteau, installée dans des Algeco parmi les loges, elle enchaîne les journées ultra-chargées et les nuits quasiment blanches pour assurer sa mission et prévoir l’imprévisible. 

Assumer le stress 

 Cuba, États-Unis, Chine, pays d’Europe… Quand le monde du jazz débarque à Marciac, il faut n’oublier aucun transfert, caler les déplacements pour les master classes et autres répétitions. L’exercice est d’autant plus périlleux que l’accès à Marciac n’est pas des plus aisés. Durant les rares heures de sommeil, confesse Dominique Dumont, il lui arrive de rêver qu’elle s’est trompée dans la réservation d’un billet d’avion, ou que l’hôtel loué pour un artiste ne correspond pas à ses attentes. Là est le plus difficile : assumer le stress.

On y parvient en ne laissant rien au hasard. Une fois la plupart des contrats signés, on entre en contact avec les différentes sociétés de production pour étudier tous les besoins. La cause Jazz in Marciac rallie les enthousiasmes : les relations sont toujours chaleureuses, comme elles le sont avec les différents hôtels, les agences de voyage, la compagnie Air France…. Des milliers d’informations s’accumulent dans une base de données grâce à laquelle, notamment, chaque participant pourra disposer d’une feuille de route. Bien sûr, de temps à autre, un grain de sable tente de perturber la machine, comme ce jour où James Cammack, contrebassiste d’Ahmad Jamal, s’est aperçu que son instrument ne l’avait pas suivi dans l’avion. Mais contrairement aux histoires d’amour, les histoires de jazz se terminent bien, en général. 

On lui a prêté une contrebasse pour le concert et, après quelques péripéties un brin angoissantes, le musicien a fini par retrouver la sienne.

© Francis Vernhet
© Francis Vernhet
© Francis Vernhet
© Francis Vernhet
© Francis Vernhet
© Francis Vernhet

On l’a fait ! 

 Les cerveaux aussi sont une base de données. Ceux de l’équipe d’accueil fourmillent de bons souvenirs. Les yeux de Dominique Dumont brillent d’un éclat particulier quand elle prononce le nom d’Oscar Peterson. Le 14 août 1990, dans les coulisses du chapiteau, elle a trinqué au champagne avec le pianiste et compositeur pour célébrer leurs deux anniversaires. Les impératifs de la logistique n’empêchent pas de nouer des liens, par bonheur. Et quand les musiciens de Wynton Marsalis arrivent, on échange sur la vie de chacun, on sort des photos, on montre les enfants qui ont si vite grandi. JIM aussi a poussé. Difficile de réaliser qu’autrefois, on parvenait à organiser l’accueil sans l’aide des téléphones portables. N’en déduisons pas pour autant que les avancées technologiques, ni même l’expérience accumulée, ont rendu la tâche plus facile. Chaque année représente un nouveau défi. Quatre mots, par exemple, ont conclu dans la joie le concert de Santana dans le cadre des Grands Évènements Musicaux, le 13 août 2019 : « On l’a fait ! »

Quatre mots qui peuvent clôturer toutes les éditions. Mais il faut le reconnaître : la voix est aussi mélancolique que fatiguée. « On a rangé le festival dans des valises en carton… », pourrait-on dire en parodiant une chanson. Le chapiteau est démonté, les rues paraissent encore plus désertes qu’elles ne le sont vraiment. Après tout ce qu’on a vécu, le quotidien semble un peu fade. 

Allez, on se secoue ! On projette dans sa tête des images exaltantes : une standing ovation du public, des musiciens aux yeux de mica lorsqu’ils descendent l’escalier de la scène. « C’est notre récompense, tout ce bonheur », confie Dominique Dumont. Et l’on ne songe plus qu’à une chose : recommencer. 

Anne Péméja